Abbaye de la Grâce Dieu de Benon

Localisation

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Grâce à la carte de Cassini publiée pour La Rochelle vers 1771, on peut facilement localiser les terres de l’abbaye de la Grâce de Dieu de Benon entre Nuaillé et Benon, complètement au sud de St-Sauveur de Nuaillé.

Texte soumis par le propriétaire actuel des lieux

 

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Nous sommes en 1135 ou peut être en 1136, la date est restée imprécise, mais certainement pas en 1137. Le 850ème anniversaire de la fondation de l’abbaye de la Grâce Dieu n’aura donc aucune raison de se situer en 1987 mais en 1985 ou 1986…LA GRÂCE-DIEU … 1135 … 1987…

Aussi sommes nous intervenus pour arrêter la marche du temps, la marche inexorable du temps, pour faire mentir le vieux cadran : « il est moins tard que tu ne le penses »… Voilà ce que nous voudrions lui faire dire.

En ce temps là Louis VI le gros, règne sur notre pays la France, servi par son ministre Suger abbé de St Denis. Évoquant la personnalité de Suger nous revoyons sa majestueuse silhouette se profiler sur les ruines de l’abbaye bénédictine de St Bertin à St Ormer dans le Pas de Calais. Il fut le 1er des grands serviteurs de la monarchie capetienne, il est intéressant de le souligner en cette année du millénaire de cette brillante dynastie. Mais la santé du Roi reste précaire. Avant de mourir il a désiré marier son fils à la plus riche héritière du royaume, Aliénor, fille de Guillaume Cte de Poitiers et duc d’Aquitaine, descendant des Sanche et des Guillaume, de cette lignée de princes aux noms redoutables, Bernard Plante velue Cte d’Auvergne, Guillaume dit tête d’étoupe, Guillaume IV le fier à bras et le dernier Guillaume IX est le poëte de  » cette mystique de l’impossible amour  » chanté par les trouvers et par les troubadours… ce sont nos princes…

En vérité ils ont conduit notre histoire, inspirés par ces hommes de prières, ces religieux, qui furent en leur temps, auprès des rois, les garants authentiques du droit divin. L’église en ce début du XIIe, est déchirée par le schisme…; À la mort du pape Honorius, deux successeurs ont été désignés, ils se nomment Innocent II et Anaclet… Dans notre province d’Aquitaine le schisme est entretenu par un personnage remuant, Gérard évêque d’Angoulème et sous son influence Guillaume a pris le parti du pape schismatique.

C’est alors qu’en 1135, Saint Bernard, cet homme incomparable, le plus grand parmi les plus grands, Saint parmi les Saints, illustre figure de sa génération, qui a mérité de donner son nom au siècle qui l’a vu naître, se rend en Poitou sous la médiation de Guillaume Larchevèque seigneur de Parthenay, pour rencontrer le duc et le ramener dans la légitimité au pape Innocent II qui vient d’être proclamé au concile tenu en 1130 à l’initiative du Roi de France.

Le chroniqueur raconte alors qu’à bout d’arguments, Saint Bernard se serait avancé vers le duc an lui présentant l’hostie; comme St Paul sur le chemin de Damas… il aurait été touché par la grâce et se serait converti. L’événement était d’importance et pour en témoigner par un acte de reconnaissance, le duc d’Aquitaine remit à Saint Bernard, dans le comté de Benon, les terres qui allaient servir à la fondation religieuse. Elle fut placée sous la protection de la vierge Marie, sous le vocable de Notre Dame de la Grâce de Dieu qui avait touché le coeur du duc d’Aquitaine.

Au moyen âge comme le dit si bien un historien de notre région:  » le pays d’Aunis compris entre la Charente et la Sévre Niortaise représentait un pan de la blanche robe d’éqlise dont s’était recouvert notre pays.  » Elles furent au nombre de quatre dans notre province d’Aunis, l’abbaye de la Grâce Dieu étant la plus ancienne et figurant à la 16ème place dans la chronologie de Citeaux.

Retirés au creux des forêts, au fond des marais, au coeur des villages qui aimaient à les entourer, les monastères ont eu une influence déterminante sur l’évolution spirituelle et intellectuelle de notre pays. Ils ont défriché les forêts, mais aussi les âmes, ouvert les routes et celle du coeur plus largement encore, inspiré et rénové les arts, étendu les cultures et puisqu’il est question des moines de la Grâce Dieu, creusé des canaux et mis en valeur toute cette partie du golfe des Pictons, dans la région d’Andilly à une quinzaine de kilomètres autour de Marans.

Le frère Guillaume, abbé de la Grâce Dieu est cité avec le frère Pierre abbé de St Léonard des chaumes dont l’abbaye se trouvait située à proximité de la Rochelle, avec l’abbé de Charron. Ensemble ils prirent l’initiative de ces grands travaux d’aménagement du marais, arrêtés puis repris au fil des guerres et des troubles qui allaient ruiner notre pays pendant tout un siècle.

La vocation de ces moines cisterciens était d’ordre contemplatif. Toutefois la division du temps accordait une part au travail matériel voulu par Dieu. Au plan intellectuel le moine trouvait à s’enrichir l’esprit par l’étude des textes et  » dans le repos laborieux du cloître, comme le dit Dom Guéranqer abbé de Solesmes, la façon d’habiter avec Dieu et d’avoir en pensée les années éternelles. « 

Les moines n’ont jamais failli à la règle de l’hospitalité. L’abbaye de la Grâce Dieu était ouverte aux voyageurs et peut être aux pèlerins qui descendaient vers Saint Jacques de Compostelle… Venant au secours du pauvre et du malheureux, ils pratiquaient toutes les œuvres de miséricorde comme en témoigne la fondation de la léproserie de Benon en 1256.

Schématiquement les grands événements qui marquèrent la vie de l’abbaye furent les suivants :

  • Sa fondation en 1135 ou peut être en 1136 par St Bernard sur les terres du comté de Benon qui lui sont données par Guillaume X Cte de Poitiers et duc d’Aquitaine.
  • Au XIIe siècle les moines de la Grâce Dieu entreprennent les grands travaux d’assèchement des marais Andilly, l’achenal du Roi les Bots de la Brie et de la Barbacanne, le canal de la Brune etc…
  • Jean de Cantorbery est abbé de la Grâce Dieu en 1284.
  • Les riches heures de l’abbaye couvrent la période qui s’étend de sa fondation jusqu’à la date de 1395, date à laquelle elle est incendiée et pratiquement détruite. Elle a reçu de très nombreuses libéralités, qui lui assurent de vastes domaines. Elle a fondé l’abbaye de Charron, la petite abbaye de la Névoire dans les deux Sévres et le prieuré de Rioux sur le territoire de Saint Sauveur. Son église mesure 41 mètres de long, 11 mètres de large et d’une hauteur de 16 mètres sous voûte.
  • La situation se rétablit au XVe siècle, Nicolas Mèrichon père abbé de la Grâce Dieu est autorisé à officier avec la crosse la mitre et l’anneau. Il appartenait sans doute à la famille de Jean Mèrichon, maire de la Rochelle et conseiller de Louis XI.
  • À partir de 1574 et jusqu’en 1630 l’abbaye tombe sous le régime de la confidence, pratique qui permettait aux grands Seigneurs de tirer des revenus des maisons religieuses. Les Surgères en sont les bénéficiaires et parmi leurs héritiers, Hélène de Surgères, l’égérie de Ronsard, puis enfin les La Rochefoucauld qui en sont les derniers abbés confidentiaires.
  • Cette pratique de la confidence avait ruiné l’abbaye… qui fut a nouveau incendiée par les protestants au XVIe siècle.
  • Il fallut attendre le XVIIe siècle et la vigoureuse énergie d’Élie Chevrauld et d’Hugues Morisset, tous deux abbés de la Grâce Dieu, pour renverser le cours des choses. Les bâtiments furent restaurés et réaménagés dans le style que nous pouvons apprécier aujourd’hui, l’église fut reconstruite.
  • Au XVIIe siècle les moines de la Grâce Dieu qui possédaient à la Rochelle une importante maison dans la rue des Cloutiers, prirent une part très active dans le mouvement d’émigration vers le Canada. Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et le cardinal de Montmorency Laval qui fut le premier évêque du Canada transitèrent par la maison de la Grâce de Dieu.
  • Le 25/2/1791 tout est fini. L’abbaye est vendue comme bien national pour la somme de 20 000 livres. L’église fut démolie par la suite… La propriété fort délabrée, fut revendue à Monsieur Louis Godet le 7 décembre 1893…

Au moment de conclure, nous sommes amenés à nous interroger sur cette vocation qui fait de nous, par la nature des choses, des conservateurs du patrimoine. Nous n’aurons jamais fini d’en découvrir toutes les richesses, tant de choses sont enfouies dans un passé auquel nous avons sans cesse besoin de nous rattacher. Les lieux historiques nous entraînent dans des régions où nous nous laissons conduire par la main invisible qui les a inspirés.

À Grâce Dieu la présence des religieux continue d’habiter leur ancien monastère. Nous la ressentons avec délicatesse s’exprimer dans la pierre et jusqu’en ces lieux dits qui nous parlent de l’abbatiale, de la fontaine miraculeuse, du clos des moines, du bois l’abbé, du grand et du petit Saint Bernard.

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Propriétaire actuel

Monsieur Alain de la Motte-Rouge
Abbaye  de la Grâce Dieu
17170 BENON, France
tél.: 05 46 01 66 96

Texte intégral publié dans l’édition de mars 2003 du bulletin de l’Association des familles Morissette inc.

Hugues Morisset, 30ième Abbé de la Grâce-Dieu de Benon

L’abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu de Benon, à 14 kilomètres de Surgères et 6 kilomètres de Saint-Sauveur-d’Aunis, a été fondée vers 1135 par Saint Bernard sur des terres que lui avait donné Guillaume X, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine.

Élie Chevrault, conseiller du Roi, devient  le 29ième Supérieur de la Grâce-Dieu en 1630. Il y fait son testament le 21 janvier 1663 et lègue:

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a) 6000 livres à son neveu Jean Morisset, avocat au parlement de Paris;
b) 3000 livres à son neveu Hugues Morisset, chanoine du diocèse d’Angoulème;
c) 1000 livres à sa sœur Mathurine, femme d’Antoine Morisset, escuyer;
d) 400 livres à son neveu Jacques Chevrault, curé de Saint-André d’Angoulème.

Hugues Morisset, neveu du 29ième Supérieur de la Grâce-Dieu, hérite du poste de son oncle et devient le 30ième Abbé de la Grâce-Dieu en 1664, poste qu’il occupera jusqu’en 1704, soit pendant 40 ans.

Nous avons retracé trois fils d’Antoine Morisset et Mathurine Chevrault: Hugues baptisé le 27 juin 1621, Antoine, baptisé le 16 mai 1627 et Jean. Antoine Morisset est reçu pair le 5 février 1623, conseiller le 16 février 1650 et déclare vouloir vivre notablement le 10 mars 1650. Il semble être décédé en 1662 car « Pierre des Forges, avocat, est reçu par la mort dudit Moricet le 27 novembre 1662 ».

Les moines de la Grâce-Dieu possèdent à La Rochelle, rue des Cloutiers, une auberge destinée à accueillir les candidats émigrant vers la Nouvelle-France. Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et la Cardinal de Montmorency Laval y transitent avant de partir pour la Nouvelle-France. C’est là que Jeanne Mance loge les familles originaires de Marans avant leur départ sur le voilier Saint-André en juin 1659.

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L’abbaye est vendue comme bien national en 1791 pour la somme de 20,000 livres. L’église est démolie et la propriété presqu’abandonnée. Louis Godet, des Cognacs Godet de La Rochelle, l’acquiert en 1893. Son petit-fils, monsieur Alain de la Motte-Rouge, en est le propriétaire actuel. Ce dernier s’est donné comme vocation de protéger ce patrimoine et de le mettre en valeur.

Il est reconnu aujourd’hui que les monastères de l’époque ont grandement influencé l’évolution spirituelle et intellectuelle de leur pays. L’escuyer Antoine Morisset aura donc influencé son entourage par la présence de son beau-frère et de son fils comme Supérieur de l’abbaye de la Grâce-Dieu de Benon entre 1630 et 1704, soit pendant 74 ans.

Nous n’avons pu établir de lien entre la famille d’Antoine Morisset et celle de l’ancêtre Jean Moricet de Surgères ou celle de Pierre Maurisset de St-Sauveur- d’Aunis, les deux communes étant à quelques kilomètres de Benon. Nous pouvons toutefois imaginer que Jean Moricet et Pierre Maurisset ont  entendu parler de la Nouvelle-France par les moines de la Grâce-Dieu de Benon qui connaissaient Jeanne Mance, Marguerite Bourgeois et Monseigneur Laval.

Photos (référence: http://www.voyageenfrance.com)

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Ressemblance avec l’abbaye de Notre-Dame du Pin de Béruges en Poitou-Charentes

Histoire passion en Saintonge vient de mettre sur son site des références des « Archives historiques de la Saintonge et de l’Aunis » sur l’histoire écrite de l’abbaye cistercienne de La Grâce-Dieu de Benon dont des références de texte sur l’abbé Hugues Morisset entre 1663 et 1717.


Cette page est hébergée par l’Association des familles Morissette inc pour honorer Hugues Morisset et son oncle, Élie Chevrauld, qui ont été abbés de la Grâce Dieu de Benon de 1630 à  1704.